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Georges Bataille<br> & André Breton «Contre-Attaque » <br> Union de lutte des intellectuels révolutionnaires
Georges Bataille
& André Breton

«Contre-Attaque »
Union de lutte des intellectuels révolutionnaires

Les Cahiers et les autres documents
1935-1936


03/2013

préface
Michel Surya

160 pages
11,5 x 17 cm


ISBN 978-2-35654-027-0

15 €

lire un extrait

Dans l’histoire, qui reste à faire, de l’ultra-gauche entre les deux guerres, l’importance de Contre-Attaque, dont l’existence fut courte, tient à la personne de ses deux animateurs Georges Bataille et André Breton. Cette union d’intellectuels révolutionnaires fut une rivale manquée de l’A.E.A.R., dont elle n’eut jamais ni l’audience, ni les moyens d’action. L’une et l’autre démentent la tendance présente des historiens des idées politiques à prétendre que seul le fascisme attira les jeunes gens de cette époque.
C’est au café de la Régence, que se réunirent les promoteurs du mouvement en septembre 1935, autour de Bataille et de Breton, et aussi, pendant un moment, de Roger Caillois. Le manifeste inaugural, daté du 7 octobre, porte quinze signatures ; c’est un tract imprimé recto-verso sur papier blanc ; il fut surtout connu grâce à André Breton qui en inséra le texte dans «Position politique du surréalisme», paru en novembre. Le tract fut réédité presque immédiatement sur papier vert, avec tirage de luxe sur papier rouge. La disposition de cette version publiée par Maurice Nadaud est un peu différente de la précédente et il y a quarante signatures.
Contre-Attaque réunissait : les surréalistes et leurs sympathisants, des membres du Cercle communiste démocratique, alors en pleine décomposition, et qu’on appelait par commodité les «souvariniens» ou encore le «groupe Bataille», et, en marge de ces deux fractions organisées, des indépendants, qui s’agrégèrent parfois à l’un ou l’autre bloc. Les séances se tenaient, non plus au Palais Royal, mais place Saint-Sulpice, au Café de la Mairie du VIe arrondissement. Surréalistes et groupe Bataille tenaient naturellement ailleurs leurs réunions de fractions. En dehors des séances plénières, Contre-Attaque était divisé en deux circonscriptions géographiques : le groupe Sade, rive droite, et le groupe Marat, rive gauche. Cette organisation pouvait faciliter l’union et la conciliation aussi bien que le noyautage, mais il ne se faisait rien dans ces sous-groupes et comme les grands chefs (tous deux du groupe Sade) venaient rarement, la coexistence des tendances était facile. Comme le groupe Sade avait vingt-huit membres, on peut estimer que Contre-Attaque en compta au moins cinquante et au plus soixante-dix.

(Henri Dubief, «Temoignage sur Contre-Attaque (1935-1936)», Textures, 1970, p. 52-60)